La Guinée, le géant de la bauxite

0
1486

Bordée par l’océan Atlantique, la Guinée est une porte d’entrée pour l’Afrique de l’Ouest. Membre de la CEDEAO et de l’Union Africaine, le pays a un potentiel économique considérable. La Guinée possède la moitié des réserves mondiales de bauxite, ressource minière particulièrement convoitée par la Chine. Après avoir été frappé par une épidémie d’Ebola en 2014-2015, le pays a renoué avec la croissance économique dès 2016 (6,6%), confirmée en 2017 à 6,7% et qui devrait ralentir à 5,8% en 2018. La hausse de la production minière, et en particulier de la bauxite, ainsi que les bonnes performances du secteur agricole, le redressement du secteur de la construction et une amélioration de l’approvisionnement électrique sont à l’origine de sa bonne santé économique.

Selon la Banque Africaine de Développement, l’inflation devrait se maintenir à 8,4% en 2018 mais augmentera à 10,6% grâce aux prix des importations, notamment pétroliers. Le compte courant du pays est déficitaire et a atteint 34,2% du PIB en 2016.
Il augmentera à 43% entre 2017 et 2019, à cause des importations liées aux projets miniers et d’infrastructures énergétiques et de transport.

L’agriculture représente 19,5% du PIB de la Guinée mais emploie plus de 75% de la population active. Les cultures principales sont le mil et le fonio en Haute-Guinée, l’arachide dans la région de Koudnara, le riz en zone inondée. Le manioc quant à lui est cultivé de manière artisanale. Le café est également cultivé ainsi qu’une multitude de fruits tels que les ananas, pêches, mangues, agrumes…

Les conditions climatiques favorables ainsi que les ressources hydrauliques importantes et la fertilité des sols confèrent à la Guinée un avantage concurrentiel de taille pour produire une grande variété de produits agricoles. Au total, la Guinée possède 6,2 millions hectares de terres arables dont seulement 50% sont exploitées. Des 364.000 hectares de terres irrigables, seuls 30.200 hectares sont actuellement aménagés. Le potentiel de l’agriculture en Guinée est donc énorme.

La reine de la bauxite

Les acteurs économiques du monde entier se pressent en Guinée pour s’approvisionner en bauxite et plus particulièrement la Chine dont la Guinée est le premier fournisseur (40% des importations chinoises).

A haute teneur en alumine, les réserves guinéennes de bauxite sont estimées à plus de 40 milliards de tonnes dont 23 milliards localisés dans la région de Boké en Basse-Guinée. Le restant est réparti en Moyenne-Guinée dans le massif du Fouta-Djalon et en Haute-Guinée. Depuis 2015, la production guinéenne de bauxite est en augmentation, poussée par plusieurs compagnies minières dont la Compagnie de bauxite de Guinée (qui opère sur la mine Sangaredi), la Société Minière de Boké (SMB), active sur un projet dans la région de Boké, et la Compagnie de bauxite de Kindia, gérée par RUSAL.

En 2017, la production de bauxite a crû de 40%, passant à 42,7 millions de tonnes selon le rapport de la Banque Mondiale sur les perspectives du marché des produits de base. Le pays se place ainsi dans le top 3 des plus grands producteurs au monde en ravissant la 3e place au Brésil derrière l’Australie (87,8 millions) et la Chine (61 millions). Le démarrage de l’exploitation de la mine détenue à Boké par la société française Alliance Minière Responsable en 2018, en co-entreprise avec SMB, augmentera encore la production en 2018. La Guinée s’est donné pour objectif d’atteindre une production de 60 millions de tonnes pour 2020.

La Guinée possède les plus grandes réserves de minerai de fer inexploitées à l’échelle mondiale. Dans le Sud-Est de la Guinée, la chaîne de Simandou possède l’un des plus importants
gisements de minerai à haute teneur de fer.

Simandou est également le plus important projet minier, ferroviaire et portuaire en construction au monde. Le projet fut à l’origine développé en partenariat avec le Gouvernement de Guinée, Rio Tinto, Chinalco et la SFI (Banque Mondiale) et consistait en 650 km de chemin de fer à l’usage des
passagers et des services de fret, des réfections importantes du réseau routier, un port en eaux profondes conçu pour accueillir des bateaux de 250 000 à 300 000 tonnes, des infrastructures de télécommunications le long de la ligne ferroviaire ainsi que des investissements directs dans le soutien aux entreprises et l’amélioration des compétences de la main-d’œuvre locale.
Le projet a été abandonné par le groupe australien Rio Tinto et est convoité par la compagnie publique chinoise Chinalco.
La concrétisation de ce projet en ferait le gisement le plus riche en minerai de fer exploité sur la planète.

A côté de la bauxite, la Guinée dispose aussi de ressources importantes en or, diamants, fer, pétrole, uranium, phosphate et manganèse. Les mines contribuent à hauteur de 12 à 15% du PIB de la Guinée.

Réaliser le potentiel hydroélectrique de la Guinée

Actuellement dépendant énergétiquement, le pays n’en possède pas moins un potentiel en production hydroélectrique estimé à plus de 6000 MW.

Le barrage de Kaleta, construit et financé par la Chine, inauguré en septembre 2015, avec une puissance de 240 MW, permet de résorber une bonne partie du déficit énergétique du pays, estimé à 400 MW.

Le barrage de Souapiti est en construction et représente un investissement de 1,2 million d’euros par la China International Water and Electric Corporation, sur le fleuve Konkouré, en amont du barrage de Kaleta. Sa puissance atteindra 550 MW
et sa mise en service est prévue fin 2019.

La construction du barrage d’Amaria, lancée début 2018 pour une durée de quatre ans avec une capacité de 300 MW, sera réalisée par la société chinoise TBEA pour satisfaire ses besoins d’énergie pour son projet d’aluminium. Ce barrage sera également utilisé pour le réseau national d’électricité.

La réalisation de ces travaux importants d’infrastructure et d’électrification permettront enfin à la Guinée de sortir de la situation de déficit énergétique dans laquelle elle se trouve.

L’agriculture, les infrastructures, l’industrie et les ressources minières sont la colonne vertébrale de l’économie et la croissance guinéenne. Une dynamique s’est installée afin de réaliser la Vision Guinée 2040 au travers du Plan National de Développement Economique et Social 2016-2020, que nous vous invitons à découvrir dans notre prochain article.

Quatre zones agricoles peuvent être distinguées en Guinée : 

  • La Guinée Maritime qui regroupe le maximum de cultures
    d’exportation : la filière d’ananas y est réhabilitée actuellement et rejoint la production de mangues, d’avocats et bananes.
  • La Moyenne-Guinée, région d’élevage est la région des produits maraîchers : tomates, oignons, aubergines. La culture de la pomme de terre est destinée à l’exportation.
  • La Haute-Guinée, pays de savane, est le territoire de la culture du coton. Elle produit actuellement plus de 30 000 tonnes par an.
  • La Guinée Forestière voit 200 000 ha cultivés pour la production de café (20 000 tonnes), d’hévéas et de
    palmiers à huile ainsi que de rizipisciculture