Inépuisables ressources énergétiques

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Malgré son milliard d’habitants, l’Afrique n’atteint que 4% [1]de la demande énergétique globale. Selon les prévisions des Nations Unies, la population africaine devrait atteindre 2,5 milliards d’ici 2050. Une ascension démographique qui se ressentira surtout dans les villes et aura inexorablement une conséquence sur la consommation énergétique. Actuellement, 600 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité. Pallier cela n’est possible qu’en investissant 200 milliards d’euros sur une période de dix ans.[2] L’électrification est vitale aussi pour le développement économique du continent. Les ressources énergétiques disponibles sont pourtant importantes et les projets pilotes qui existent à travers le continent prouvent leur efficacité. Tour d’horizon des ressources énergétiques qui s’annoncent bénéfiques pour l’agriculture, l’environnement et l’économie.

 

L’Afrique possède d’importantes ressources d’énergies renouvelables. Actuellement, des énergies géothermiques sont exploitées en Afrique de l’Est tandis que les énergies hydrauliques le sont en Afrique centrale. La capacité éolienne, située principalement sur la façade atlantique du nord du Sénégal, est significative. Dans son dernier rapport, l’International Renewable Energy Agency (IRENA) estime que 300 GM pourraient provenir de sources vertes d’ici 2030.[3] Selon le vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat « dans l’absolu ce n’est rien du tout, mais dans le contexte africain, c’est un objectif ambitieux ».

 

Malgré ce potentiel, seul une infime partie des ressources énergétiques renouvelables africaines sont actuellement exploitées. Dans le domaine de l’hydraulique, qui représente 1/5ème de l’offre actuelle, à peine 10% du potentiel estimé est utilisé. De même, alors que l’Afrique de l’Ouest fait partie des régions les plus ensoleillées sur terre, la part d’énergie solaire dans le mix énergétique de la région est inférieure à 1%.[4]

 

Le potentiel énergétique est heureusement plein de promesses : 334 GW par an, à répartir d’après l’Irena entre l’éolien (100 GW) particulièrement dans le Nord, l’Est et le Sud du continent, le solaire (100 GW), l’hydraulique (100 GW), la biomasse (30GW), surtout en Afrique centrale, et la géothermie (3 à 5 GW), en grande partie dans la vallée du Grand Rift.

L’initiative africaine pour les énergies renouvelables, créée en 2015 lors de la COP 21, s’est donnée pour mission de participer au développement des énergies renouvelables sur le continent africain. Elle s’ajoute dans ce sens à de nombreux programmes déjà existants tels que le partenariat « PowerAfrica » ou encore le « Programme de Développement des Infrastructures en Afrique » (PIDA).[5]

Tout d’abord, l’initiative africaine pour les énergies renouvelables délivre une aide financière. Alors que l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) estime nécessaire l’investissement de 300 milliards de dollars pour permettre un accès universel à l’énergie, le programme se propose, grâce à l’aide internationale, d’en mobiliser 10 milliards entre 2016 et 2020. Le but étant d’augmenter la production énergétique renouvelable d’au moins 10 GW sur la même période.[6]

Le programme apporte un soutien logistique en regroupant les Etats africains, institutions régionales et partenaires internationaux autour d’un plan d’action concret et d’une vision commune découpée en 3 phases. [7]

La première phase consiste en l’identification de 240 projets à haut potentiel. Dans un deuxième temps, les travaux dans les zones prioritaires seront financés et réalisés, en vue d’atteindre l’objectif d’augmentation de 10 GW d’énergie verte d’ici 2020.

Ensuite l’aide sera généralisée, en tirant des leçons des apprentissages des deux phases précédentes. L’objectif étant d’atteindre 300 GW d’augmentation de la production d’énergie renouvelable d’ici 2030.[8]

 

Lors de la COP21, Ségolène Royal présentait un rapport recensant 240 projets liés aux énergies renouvelables dont les capacités électriques cumulées atteindraient 45,4 GW en sachant que l’Afrique dispose à l’heure d’aujourd’hui de 34 GW d’unités de production renouvelables.[9]

 

Le rapport mentionne 58 projets relatifs à l’hydroélectricité, mais aussi 62 projets solaires, 16 projets éoliens ou encore 13 projets géothermiques sans oublier 35 projets mixtes (combinant plusieurs technologies). [10]

 

Parmi ces 240 projets mentionnés figurent des centrales de production gigantesques à l’image du projet de parc éolien du Golfe de Suez en Egypte (2.400 MW) ou des centrales hydroélectriques d’Inga III en République démocratique du Congo (4 500 MW) et de Lauca en Angola (2.070 MW).[11]

 

Penchons-nous un peu plus sur ce projet hydroélectrique d’Inga III[12] … Ce barrage hydroélectrique aura une capacité de production de 4.500 Mégawatts. Un projet d’envergure, qui sera suivi par d’autres. En effet, cinq autres barrages verront le jour et la totalité des capacités de production atteindra 40 000 MW, soit l’équivalant en énergie de 20 centrales nucléaires. Il est prévu que la structure finale soit deux fois plus puissante que le barrage des Trois Gorges situé en Chine et permettra de fournir 40% de l’électricité du continent africain.[13]

 

En ce qui concerne la centrale Lauca, la construction a débuté en 2012 sur la rivière de Cuanza. Son coût est estimé à 4,3 milliards de dollars et est en partie supporté par le Brésil. Il s’agira de la plus grande centrale du pays lorsqu’elle sera mise en service en 2018. Par ailleurs, l’Angola s’est fixé pour objectif une capacité de production énergétique de 9.000 MW d’ici 2025.[14]

 

Bien que les projets expliqués soit de grande envergure, la liste présente également de plus petits projets de quelques mégawatts ou quelques dizaines de mégawatts de puissance qui sont tout aussi importants au développement énergétique du continent.

 

En effet, prenons l’un des projets phares dans le secteur de la géothermie. Avec 280 MW de puissance, Olkaria Geothermal Power Plant, située à Naivasha dans le Nord du Kenya, est désormais l’une des plus grandes centrales géothermiques du monde. Dans ce pays où la consommation d’électricité est faible, Olkaria permet d’alimenter l’équivalent de 500.000 foyers. [15]

 

Si Olkaria est pour le moment la seule centrale géothermique du continent, dans la région, beaucoup d’espoirs repose sur cette nouvelle source d’énergie. La preuve, d’autres centrales sont en projet en Afrique de l’Est, en Ethiopie, en Tanzanie ou encore à Djibouti.[16]

 

Enfin, si les projets abordés ci-dessus sont déjà en cours de réalisation et seront accélérés grâce à l’IAER – L’Initiative africaine pour les énergies renouvelables – d’autres restent à concrétiser et doivent trouver des financements.[17]

 

 

La COP 22
En amont du sommet, le Roi du Maroc organisait le 16 novembre 2016 une réunion pan-africaine autour de la lutte contre le changement climatique. Le même jour, deux nouvelles initiatives ont vu le jour : le lancement d’un réseau d’investisseurs et la transformation d’I4CE en think tank Nord-Sud sur le climat. L’émergence d’une “finance climat” sur le continent est en cours.

 

Les objectifs de l’Accord de Paris

En 2015 lors de la COP21 à Paris, 195 délégations ont adopté l’Accord de Paris qui prévoit de contenir la hausse moyenne de la température du globe nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels. Les pays développés devront continuer à montrer l’exemple en s’engageant à réduire leurs émissions en valeur absolue sur l’ensemble de leur économie. Les pays en développement sont eux encouragés à progresser vers des objectifs de réduction ou de limitation de leurs émissions couvrant l’ensemble de leur économie. En contrepartie, ils recevront un soutien financier.

 

Le 6 octobre 2016, le seuil de 55 pays représentant plus de 55% des émissions de gaz à effet de serre a été atteint, permettant l ́entrée en vigueur de l’Accord de Paris. La COP22 s ́inscrit ainsi dans l’action pour concrétiser les différents axes retenus dans l’Accord de Paris, notamment ceux qui ont trait à l’adaptation, la transparence, le transfert de technologies, l’atténuation, le renforcement des capacités, la compensation des pertes et préjudices et le financement.

 

Le financement, clé de la lutte pour le climat

L’Accord de Paris reconnaît ainsi que 100 milliards de dollars (en prêts et en dons) doivent être consacrés, d’ici à 2020, à financer des projets permettant aux pays de s’adapter au dérèglement climatique (montée des eaux, sécheresse…) ou de faire baisser les émissions de gaz à effets de serre. Ces financements devraient augmenter au fur et à mesure et certains pays en développement, sur une base volontaire, pourront aussi devenir des donateurs pour aider les pays les plus vulnérables.

 

Adaptation de l’Agriculture Africaine

La population de l ́Afrique aura presque triplé d’ici à 2050. Elle devra donc doubler sa production agricole d’ici à 2030, et la tripler d’ici à 2050. En outre, le continent africain, alors qu’il n ́est responsable que de 4% des émissions de gaz à effet de serre, est le plus touché par le changement climatique. Paradoxalement, il ne capte que 6% du fonds Climat dont à peine 17% de financements publics. Le secteur agricole quant à lui, n ́en capte que 4% alors qu’il génère 40% des emplois en Afrique.

 

Le renforcement de la résilience à la production de l’agriculture apparaît ainsi comme une priorité pour la sécurité alimentaire et le développement économique du continent.

Impulsée par le Maroc, l’initiative pour l’Adaptation de l’Agriculture en Afrique (AAA) a été lancée en avril 2016. Son objectif est de réduire la vulnérabilité de l’Afrique aux changements climatiques. Le Ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime du Maroc, Aziz Akhannouch, a été l’un des premiers à établir « un lien entre le développement agricole et le changement climatique », pour faire bouger les lignes et apporter une réponse efficace et concrète au constat d’un triple biais dans le financement « Adaptation de l’Agriculture Africaines”. Le Triple A peut compter, pour son déploiement, sur l’important dynamisme que connaît la coopération Sud-Sud aujourd’hui et le rapprochement entre Etats africains.

 

L ́initiative Triple A a vocation à garantir le financement de l’adaptation de l’agriculture africaine et d ́augmenter la productivité agricole sur le continent, en captant 30% du plan d ́investissement prévu à partir de 2020 pour l’adaptation des pays en voie de développement. Cela représente 30 milliards de dollars par an pour le développement de l’Afrique.

 

Le 30 septembre 2016, 27 pays africains ont adopté la Déclaration de Marrakech qui marque la création d’une coalition visant à mettre l’adaptation de l’agriculture africaine au cœur des négociations de la COP22 et dote l’initiative d’un plan d’actions concret :

  • Le volet “négociations”, pour mettre l’adaptation de l’agriculture africaine au cœur des enjeux des COP et obtenir une répartition équitable des fonds climat entre adaptation et atténuation.
  • Le volet “solutions”, pour promouvoir et favoriser la mise en œuvre de projets concrets et innovants en matière de gestion des sols, de maîtrise de l’eau agricole, de gestion des risques climatiques et de renforcement des capacités et solutions de financement.

 

Cas d’école : le Maroc – de l’importation à l’exportation

 

Aujourd’hui, le Maroc est fort dépendant des importations d’énergie pour répondre à ses besoins : 95 % des ressources proviennent de l’extérieur du pays. Avec une consommation estimée à 123. 000 barils de pétrole par jour et de 560 millions de mètres cube de gaz, le Maroc est le plus gros importateur d’énergie fossile de la région Moyen-Orient / Afrique du Nord. Sa demande en énergie primaire ne cesse de croitre (+7,2% en moyenne entre 2002 et 2012). Pour répondre aux impératifs de croissance économique et de développement industriel, cette demande devrait tripler d’ici à 2030 et sa consommation en électricité quadrupler.

 

Pour rompre avec cette forte dépendance, le Maroc a fait de l’amélioration de la production d’électricité́ sur son territoire une priorité de sa stratégie énergétique pour 2010-2030. Cette stratégie s’appuie sur le programme solaire marocain, lancé le 2 novembre 2009 par le Roi Mohamed VI. Il vise à porter la part des énergies renouvelables à 42% dans le mix électrique d’ici 2020.

 

Ce programme d’envergure internationale permettra d’assurer à terme une capacité́ de production annuelle de 2 GW. Cette capacité́ de production représentera 14% de la puissance électrique prévue en 2020. Le programme permettra d’économiser 1 million de tonne équivalent pétrole (TEP) et d’éviter l’émission de 3,7 millions de tonnes de CO2 par an (soit l’équivalent de l’émission de 780.000 véhicules). Le coût total d’investissement du programme est estimé à 9 milliards de dollars.

Outre la production électrique, le programme inclut la formation, l’expertise technique, la recherche et développement, la promotion d’une industrie solaire intégrée et potentiellement le dessalement de l’eau de mer. L’Agence marocaine pour l’énergie solaire (MASEN), créée en mars 2010, est chargée de la mise en œuvre du programme. [18]

Les projets concrets : NOOR o, II & III

 

Le complexe solaire de Ouarzazate constitue la première réalisation du programme solaire du Maroc dénommé́ également programme « NOOR », qui signifie « lumière » ou éblouissement en arabe. L’objectif du programme NOOR est de développer au moins 2.000 MW de capacités de production d’énergie électrique à partir de la source solaire à l’horizon 2020. Le programme s’inscrit dans la nouvelle stratégie énergétique 2010-2030 du Maroc qui vise à améliorer la sécurité́ de l’approvisionnement du pays en énergie, à réduire durablement la dépendance du Royaume vis- à-vis de l’extérieur et à diversifier les sources de production par l’exploitation des énergies renouvelables en portant la part de celles-ci dans le mix électrique à 42% en 2020 contre moins de 15% actuellement. A terme, NOOR permettra annuellement d’économiser en combustibles un million de tonne équivalent-pétrole et d’éviter l’émission de 3,7 millions de tonnes de CO2. Il vise également à développer une industrie locale dans les énergies renouvelables.

 

Le complexe est situé à 10 kilomètres de la ville marocaine de Ouarzazate et disposera d’une capacité́ de 510 MW production d’ici 2018. Il constitue une composante maitresse du programme solaire NOOR. Ce complexe est désigné sous l’appellation Nuoro. L’indice « o » indique la localisation de Ouarzazate, d’autres complexes seront développés dans le cadre du programme NOOR (Mindel, Tata, etc.) et auront des indices caractéristiques de leur emplacement. Le complexe solaire de Ouarzazate, une fois achevé́ dans sa globalité́, permettra d’éviter annuellement l’émission de 762.000 tonnes de CO2, soit 19 millions de tonnes sur 25 ans d’ exploitation. [19]

Le gazoduc

 

Le Nigéria et le Maroc ont initié un projet de réalisation d’un gazoduc régional. Le projet vise à relier les ressources gazières du Nigéria à celles de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et le Maroc.

 

Concrètement, le partenariat maroco-nigérian ouvre la voie à l’alimentation en énergie aux pays traversés par le futur gazoduc, long de 4.000 kilomètres. Premier du genre, ce projet gigantesque entre le Golfe de Guinée et le Maroc pourra à terme relier également l’Europe, ce gros consommateur des hydrocarbures. Le chef de la diplomatie nigériane, Geoffrey Onyeama, a d’ailleurs souligné l’attachement d’Abuja à une plus grande ouverture sur le marché européen de l’énergie, tout en mettant à profit les affinités et la complémentarité développées avec le Royaume et les pays d’Afrique de l’Ouest. Le Maroc contribuera particulièrement au développement de pôles industriels intégrés dans la sous-région, dans des secteurs tels que l’industrie, l’agro-business et les engrais, afin d’attirer des capitaux étrangers. Il sera surtout question d’améliorer la compétitivité des exportations et de stimuler la transformation locale des ressources naturelles disponibles pour les marchés nationaux et internationaux.[20]

 

Cette plate-forme de coopération Sud-Sud tend vers la création de joint-ventures susceptibles de placer toute cette zone sur le chemin d’une croissance plus forte, profitant des complémentarités et des synergies durables, fondées sur des approches inclusives. Une telle vision illustre à bien des égards la stratégie agissante, solidaire et intégrée du Roi Mohammed VI en direction de l’Afrique avec, au premier plan, le développement d’un modèle de coopération économique mutuellement bénéfique et l’amélioration des conditions de vie des citoyens africains.[21]

[22]

 

[1] Rapport de la COP21 sur les initiatives africaines. Source : https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-27535-rapport-Afrique-EnR.pdf

[2] Selon le plan de Jean-Louis Borlee, ancien ministre français

[3] Rapport COP22 : “COP22, la COP de l’Action”, Dossier de presse, Marrakech

[4] IRENA, International Renewable Energy Agency, Rapport Africa’s renewable future

[5] Rapport Cop21, Op.cit.

[6] Rapport COP21, Op.cit

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Ibid.

[10] Communiqué de presse de Ségolène Royal, l’initiative africaine pour les énergies renouvelables, http://www2.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2016-09-20_ENR_en_Afrique_NY.pdf

[11] Rapport de la COP21 sur les initiatives africaines. Source : https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-27535-rapport-Afrique-EnR.pdf

[12] Lire aussi notre article dans la revue de juin 2016 sur le Grand Inga de Paul Frix

[13] International Rivers, https://www.internationalrivers.org/fr/campaigns/le-barrage-grand-inga-rd-congo

[14] Ibid.

[15] EDF, comprendre les enjeux de la transition énergétique https://www.lenergieenquestions.fr/le-kenya-produit-la-moitie-de-son-electricite-grace-a-la-geothermie/

[16] Ibid.

[17] Ibid.

[18]NOORo : la plus grande centrale solaire à concentration du monde accroît la part d’énergie renouvelables dans la production d’électricité au Maroc, https://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Generic-Documents/Dossier_de_Presse_NOORo.pdf

[19] NOORo, Opcit.

[20] Le Reporter Maroc, Gazoduc Maroc-Nigéria, https://www.lereporter.ma/gazoduc-nigeria-maroc-quest-ce-que-cest-au-juste/

[21] Le Reporter, Op.cit.

[22] http://www.jeuneafrique.com/mag/382678/economie/nigeria-a-lespagne-passant-maroc-projet-de-gazoduc-offshore-pharaonique/