La brillante industrie anversoise 

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Anvers est le centre névralgique de l’industrie du diamant depuis le 15e siècle. En 2015, 84% du volume mondial des diamants bruts ont transité par la capitale économique de la Flandre. Au cœur du quartier des diamantaires, l’« Antwerp World Diamant Centre » est le centre névralgique de l’industrie où passe un volume impressionnant de 192,6 millions de carats de diamants bruts et polis importés et exportés pour une valeur de 48,3 billions de dollars. Rencontre avec l’acteur qui certifie l’origine des diamants et garantit ainsi la qualité du « made in Antwerp ».1

La pureté, résistance et l’éclat des diamants fait rêver et confèrent une valeur importante à cette pierre. Le secteur, qui s’est déployé à Anvers depuis la Renaissance, occupe aujourd’hui la 4e place dans le classement de l’industrie du commerce de biens. En Belgique, le secteur représente 6.600 emplois directs et 26.000 emplois indirects. A travers le monde, Anvers est connu pour son label du « Cut in Antwerp », coupe particulière et de qualité donnée aux diamants par les tailleurs anversois. Notre rédaction est partie à la découverte des coulisses des acteurs du diamant qui, au travers de leurs connaissances, font d’Anvers la capitale de la pierre la plus pure au monde.

A quelques pas de la gare centrale d’Anvers, un portique de sécurité gardé par des militaires et des gardes de sécurité marque l’arrivée des passants dans le « Diamond Square Mile », autrement connu sous le nom du quartier des diamantaires. L’industrie se concentre dans ces quelques rues où la bourse du diamant et l’Antwerp World Diamond Centre rassemblent les acheteurs et vendeurs de diamant bruts et polis. Touristes et professionnels se mélangent dans ces ruelles, tous partagent la même fascination lorsqu’un diamant pur sublime la lumière du jour. Ce paysage qui semble aujourd’hui tellement naturel n’a pourtant pas toujours été présent de la même manière.

Depuis quand Anvers est-il la ville des diamants ?
Le secteur de l’industrie de la taille du diamant arrive à Anvers dès la fin du 15e siècle. Jusque là, c’était Bruges qui était le centre névralgique du secteur mais Anvers, avec ses infrastructures et facilités commerciales et communicationnelles devient vite incontournable pour les tailleurs. C’est le voyage de Vasco de Gama de Lisbonne en Inde qui créé une nouvelle route commerçante entre les ports de Lisbonne et Anvers, rendant l’itinéraire Venise-Bruges obsolète.2

Malgré le développement du port d’Amsterdam dans la seconde moitié du 16e siècle, Anvers maintient sa position dominante, jusqu’à la conquête de la ville par Charles Quint. La Paix de Munster entre les Pays-Bas et l’Espagne eut pour conséquence la fermeture de l’Escaut, entraînant la paralysie du secteur. En 1863, la mesure fut levée et des diamants découverts en Afrique du Sud en 1866 font refleurir l’industrie anversoise. Un flux incessant de pierres arrive en Europe via Anvers et le nombre de tailleurs ne cesse d’augmenter. La deuxième guerre mondiale aura de graves conséquences sur le secteur, dominé par les Juifs à Anvers. Rapidement après la guerre, l’industrie reprend des couleurs et voit le marché du diamant refleurir. L’Inde reprend la taille des diamants à partir des années 60/70 mais Anvers reste le centre de négociation et commerce international connu et reconnu.

Importer un diamant, mode d’emploi
Lorsqu’on évoque la vente de diamants, trois mots clés ressortent : traçabilité, origine et valeur. Une transparence totale doit exister et les mécanismes nécessaires pour le garantir ont été créés. L’époque de Vasco de Gama est loin.

Le diamant est un miracle de la nature, inégalable de par sa résistance et pureté. Un mélange subtil de pression, matières fossiles et des milliers d’années sont nécessaires pour atteindre la résistance et l’éclat unique du diamant. Trouver et exploiter des diamants n’est pas une chose aisée. Dix ans s’écoulent entre la découverte d’une filière et son exploitation commerciale. Les procédures de contrôle de cette pierre rare sont donc multiples afin de s’assurer de son authenticité.

L’Union européenne est un marché commun, facilitant ainsi l’accès aux 28 pays pour tout importateur. Tout diamant accepté dans l’Union peut donc circuler librement. Les conditions d’entrée doivent donc être clairement définies et contrôlées par une entité indépendante et fiable.

Anvers, « entry point » du diamant
La législation européenne régissant l’importation et l’exportation des diamants est claire et précise. Transposée en Belgique via l’Arrêté Royal du 30 avril 2004. La loi précise que les marchandises de diamants doivent obligatoirement rentrer par des points d’entrée en Europe où l’origine des pierres et leur valeur doit être contrôlée par les autorités.

Six points d’entrée existent en Europe ; Anvers (Belgique), Londres (Grande-Bretagne), Idar-Oberstein (Allemagne), Lisbonne (Portugal), Prague (République Tchèque), Bucharest (Roumanie) et Sofia (Bulgarie).

En Belgique, l’industrie du diamant est composée de 1700 entreprises spécialisées dans le diamant, enregistrées auprès du SPF Finance et Economie. Anvers est l’un des points d’entrée les plus importants au monde, émettant 50% des certificats Kimberley (certificat qui doit accompagner toute pierre et détermine sa valeur, origine et pays d’exportation) au niveau mondial.

Qui détermine la valeur des diamants ?
« Le diamant est une valeur refuge et intemporelle. L’or connaît un prix du jour, mais cela n’existe pas dans le secteur du diamant. L’industrie du diamant est très importante pour la Belgique, car elle représente 5% de la totalité des exportations belges et 15% des exportations hors Union européenne. », confie Ari Epstein, CEO de l’AWDC.

Le « Rapaport Diamond Report » donne une référence de prix en fonction de 4 caractéristiques déterminés et qui sont universels ; la couleur, la taille, la pureté et le poids en carats. Le nom de cette grille de référence vient de Martin Rapaort, fils de diamantaire, qui a travaillé dans l’industrie à New York comme courtier en diamant brut depuis 1975. Les listes de prix établies sont devenues incontournables et au fil des années, le RapNet, marché du diamant interactif a vu le jour. La liste de prix est reconnue de manière universelle par les acteurs de l’industrie.

« L’Antwerp World Diamant Centre » existe depuis 1973 sous la forme du « Hoge Raad voor Diamant », il fut initié par le gouvernement belge et les représentants de l’industrie du diamant. En 2007, l’institution fut restructuré et divisée en 2 entreprises différentes. La première, l’ « Antwerp World Diamand Centre » représente les intérêts du secteur et de la ville d’Anvers comme capitale du diamant. L’AWDC est souvent considérée comme la voix du secteur, représentée par son Président Ari Epstein.

L’AWDC est également le lieu physique de l’entry point européen pour les diamants à Anvers. L’origine des pierres y est contrôlée par une autorité indépendante et une délégation du SPF Finances, service douane y est déléguée de manière permanente.

Chaque diamant brut qui circule dans le monde doit être accompagné d’un « certificat Kimberly », être scellé dans un contenant sécurisé clairement identifiable sur le certificat. Ils permettent ainsi de tracer les origines des pierres de manière exacte et non-équivoque. Le centre est responsable pour l’émission de 50% de la totalité des certificats Kimberly au niveau mondial. Au niveau européen, 30.000 certificats sont émis annuellement, presque tous à Anvers.

Le nom du certificat vient de la ville de Kimberly en Afrique du Sud, fondée pour l’exploitation du diamant. Elle donnera par ailleurs naissance à la « Kimberlite », roche ultramafique riche en magnésium et en fer, potassique et riche en éléments incompatibles ainsi qu’en volatilis.

L’autorité de contrôle envoie une notification à la douane prévenant qu’un colis est en route. Les douaniers peuvent effectuer une vérification de la valeur de la marchandise telle qu’évaluée par l’autorité indépendante. Elle doit néanmoins être réalisée endéans les dix minutes. La marchandise est ensuite contrôlée en présence du vendeur ou de son représentant et dédouanée. Après ce double contrôle, le vendeur est libre de disposer de sa marchandise pour libre circulation dans toute l’Union européenne.

L’année 2015 a été plus difficile que les autres années pour l’industrie du diamant. Malgré tout, Anvers peut se targuer de garder la tête haute et de continuer à être un centre d’excellence reconnu mondialement grâce à ses quelques 550 années d’expérience. Une histoire exceptionnelle qui s’inscrit tant dans l’intemporalité que l’éclat exceptionnel qu’offre la pierre la plus précieuse au monde.

 

1                 Chiffres 2015 – Antwerp World Diamond Centre (AWDC)

2                 La suite de l’histoire du diamant sur notre site Internet :

www.cblacp-press.be ou scannez le QR code dans le texte.