Commerce extérieur : diplomatie économique et accords commerciaux

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Interview de Nicolas Fierens Gevaert, Porte-parole des Affaires étrangères

En quoi les accords commerciaux récents ont-ils contribué à améliorer la position de la Belgique sur la scène internationale en matière de commerce extérieur ?

En tant qu’économie ouverte dont le PIB dépend à 85 % de ses exportations, les échanges commerciaux sont cruciaux pour la Belgique et sa prospérité. Les accords commerciaux permettent de réduire les tarifs douaniers, de diversifier les chaînes d’approvisionnement, d’accroitre les investissements et, plus généralement, de faciliter les échanges, tout en assurant des conditions de concurrence équitables (« level playing field »). La conclusion de nouveaux accords commerciaux offre donc de nouvelles opportunités économiques pour les entreprises belges et pour la création d’emplois. Ces accords permettent également de promouvoir des valeurs et des standards, y compris en matière de droits sociaux et environnementaux.

La Belgique a toujours plaidé au niveau européen et sur la scène internationale pour une politique commerciale ambitieuse et équilibrée, se basant sur les 3 piliers d’ouverture, de durabilité et d’assertivité. Il est donc important pour la Belgique que la politique commerciale de l’Union européenne (UE), et les accords commerciaux qui en découlent, contribuent à l’ensemble de ces objectifs.

La conclusion récente des accords avec la Nouvelle-Zélande, le Chili et le Kenya sont par exemple des éléments positifs à ce titre. L’Accord de Partenariat économique (APE) avec le Kenya contient notamment les dispositions les plus ambitieuses agrées en matière de développement durable dans le cadre d’un accord avec un pays en développement ; il s’agit d’une étape-clé. La signature, le 15 novembre 2023, de l’Accord de Samoa, qui modernise
l’Accord de Cotonou ainsi que les relations entre l’UE et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), constitue aussi une nouvelle étape importante dans l’évolution de nos relations avec la région.

La Présidence belge du Conseil de l’Union européenne, qui a débuté le
1er janvier dernier, continuera les travaux dans ce domaine.

Comment le ministère encourage-t-il les entreprises belges à diversifier leurs marchés d’exportation et à explorer de nouvelles opportunités commerciales à l’étranger ?

En Belgique, ce sont les Régions qui ont les compétences principales en matière de commerce extérieur. Elles ont notamment pour mission de soutenir le commerce extérieur et d’attirer les investissements. L’encouragement à la diversification des marchés d’exportation et à l’exploration de nouvelles opportunités commerciales sont donc principalement discutées au sein des trois agences régionales à l’exportation, à savoir FIT, l’Awex et
Hub.Brussels.

La coopération interfédérale belge est néanmoins très importante à l’étranger où il existe un vaste réseau d’ambassades et de consulats généraux belges ainsi que d’attachés économiques et commerciaux régionaux. Chaque jour, ils contribuent à une diplomatie économique efficace, au plus près des intérêts belges à l’étranger.

Les postes diplomatiques, par l’intermédiaire des Conseillers en diplomatie économique, peuvent éventuellement relayer certains secteurs commerciaux intéressants à développer dans l’un ou l’autre pays. Non rémunérés et résidant de manière permanente dans le pays dont ils connaissent les usages du monde politique, financier et des affaires, les conseillers en diplomatie économique apportent leur expertise des questions sociales, économiques et financières du pays où ils sont actifs.

Il faut aussi souligner le rôle de l’Agence belge pour le commerce extérieur (ACE), fondée en 2002 et qui est un important acteur de notre diplomatie économique. L’Agence apporte son soutien aux trois Régions et à l’Autorité fédérale dans la promotion du commerce extérieur. L’Agence est compétente pour décider et organiser des missions commerciales conjointes à l’initiative d’une ou plusieurs Régions ou sur demande de l’Autorité fédérale. Ces missions sont présidées par Son Altesse Royale la Princesse Astrid. L’ACE est aussi en charge de l’organisation logistique des visites d’Etat emmenées par Sa Majesté le Roi Philippe, qui incluent toujours un important volet économique.

Ces missions ont une grande valeur ajoutée pour nos acteurs économiques et pour notre économie. Elles comprennent généralement des séminaires, des ateliers, des événements de réseautage, des visites d’entreprise et des contacts « B2B ». Nul doute que la présence royale ouvre des portes. En effet, nos entreprises sont bien plus à même d’établir des contacts avec d’autres entreprises à l’étranger, y compris avec des personnalités clés de haut niveau, afin de conquérir de nouveaux marchés ou de renforcer leur position sur le marché. Les Affaires étrangères y jouent un rôle crucial, en coordonnant les préparations des missions et en mobilisant les postes diplomatiques de la région concernée pour mettre sur pied ces visites tant sur le plan opérationnel que du contenu.

Notons enfin que l’ACE a également pour mission, entre autres, l’organisation, le développement et la diffusion de l’information, des études et de la documentation relative aux marchés étrangers auprès des services régionaux du commerce extérieur.

Tous ces acteurs contribuent à la promotion des entreprises belges à l’étranger et ainsi au soutien de notre économie.

Quels sont les défis actuels en matière de commerce extérieur, et quelles initiatives sont envisagées pour les surmonter et renforcer la compétitivité internationale de la Belgique ?

Les défis actuels en matière de commerce extérieur sont nombreux et sont intrinsèquement liés à la situation dans le monde.

Nous pouvons souligner une initiative extrêmement intéressante prise dans la foulée de la pandémie de Covid.

La baisse de l’activité économique due à la crise sanitaire a permis de mettre en avant l’importance des services et infrastructures collectives, la préservation de l’environnement, et l’accélération de la transition numérique.

Des mesures de soutien immédiates ont permis d’atténuer certains effets de la crise à court-terme pour ensuite laisser place à une stratégie à moyen et long-terme. Le plan de relance belge, intitulé « NextGen Belgium » et mis en œuvre suite à une initiative de l’UE, donne l’occasion de reconstruire la société sur des bases plus solides, pour assurer la prospérité des générations futures, tout en maintenant le cap vers une société plus durable, plus équitable et plus dynamique.

Le plan de relance belge comprend 119 projets d’investissement et 29 projets de réforme.

Comment le ministère des Affaires étrangères collabore-t-il avec d’autres ministères ou organismes pour assurer une approche intégrée et efficace en matière de politique commerciale internationale ? Comment le ministère des Affaires étrangères facilite-t-il la promotion des exportations belges à l’étranger, notamment dans les marchés clés ?

La politique commerciale est une compétence exclusive de l’UE et est donc principalement gérée par la Commission européenne.
La Commission représente également l’UE dans les instances internationales relatives au commerce (OMC, organes des accords commerciaux, etc.). Cependant, comme pour tous les aspects de politique internationale de l’UE, le Conseil et les Etats membres sont associés à la définition de la position européenne. La Belgique est donc souvent amenée à exprimer et défendre son point de vue dans les discussions commerciales au Conseil et dans les groupes de travail.

Au niveau belge, la politique commerciale multilatérale reste une compétence fédérale. Cependant, la politique commerciale au sens général touche des compétences larges, qui dépassent celles du SPF Affaires étrangères et Commerce extérieur. Le SPF Affaires étrangères collabore dès lors étroitement, en fonction des dossiers et des compétences de chacun, avec d’autres Services Publics Fédéraux (principalement l’Economie et les Finances, notamment les services des douanes), les Régions (Economie, Investissement, Développement durable) et les Communautés (notamment pour le secteur audiovisuel).

Conformément au cadre institutionnel en vigueur, le SPF Affaires étrangères est ainsi amené à recueillir les points de vue de chaque entité et à coordonner la définition d’une position belge, commune et consensuelle, qui sera ensuite exprimée au niveau européen. Le Département des Affaires étrangères doit donc préparer, proposer et coordonner les positions belges, tout en assurant la cohérence avec les positions exprimées dans les différentes filières au niveau européen.

De par sa position et son réseau d’ambassades, les Affaires étrangères sont également un interlocuteur privilégié dans les discussions bilatérales avec les pays tiers, à la fois à Bruxelles et dans les pays partenaires. Les ambassades sont également des points de contact importants pour les entreprises belges actives à l’étranger, qui permettent de faire le lien avec les autorités pertinentes en Belgique si nécessaire.

Pouvez-vous partager des exemples concrets de projets ou de partenariats qui ont contribué de manière significative à la promotion du commerce extérieur belge sous votre mandat ?

À l’occasion du Forum économique mondial à Davos, le SPF Affaires Etrangères a organisé un panel sur la Belgique comme « biopharma hub » en Europe.

Lors de ce panel modéré par Trevor Mundell de la Bill & Melinda Gates Foundation, le Premier ministre Alexander De Croo, Michel Demaré d’Astrazeneca, Paul Hudson de Sanofi, Julia Spencer de MSD et Tineke Van Hooland de la Fédération belge de l’industrie des sciences de la vie, ont partagé leurs visions sur l’avenir du secteur biopharma. Ils ont discuté du rôle que la Belgique peut jouer dans la résolution des défis et des opportunités dans le domaine de l’industrie biopharmaceutique.

Lors de cette conférence, plusieurs intervenants ont salué le rôle pionnier des chercheurs belges, de nos entreprises biopharma et de l’écosystème solide existant en Belgique.

En organisant des conférences telles que celle-ci, le SPF Affaires étrangères contribue à la promotion de l’excellence du secteur biopharma à l’étranger.

Quelles sont les principales stratégies mises en place pour renforcer les relations commerciales bilatérales avec d’autres pays sous votre responsabilité ?

Il s’agit pour le SPF Affaires étrangères d’informer, d’introduire, d’intervenir et de façonner une image positive de la Belgique à l’étranger afin de renforcer nos relations commerciales au bénéfice de nos entreprises.

1. Informer

Le SPF Affaires étrangères rassemble différents flux d’informations.
En effet, nos missions diplomatiques entretiennent des réseaux solides et recherchent constamment des opportunités commerciales dans leurs domaines de compétence. Il s’agit notamment de toutes sortes d’appels d’offres publics pour lesquels les entreprises belges peuvent concourir. Ces opportunités se transmettent entre autres via l’application Trade4U. L’information est également transmise par l’intermédiaire de la « cellule de liaison investissement ».
Il s’agit d’une plate-forme de concertation où sont représentés, outre le SPF Affaires étrangères, les Régions, le SPF Economie et le SPF Finances.

Le SPF Affaires étrangères entretient également des contacts étroits avec diverses organisations sectorielles telles qu’Agoria (fédération technologique), Pharma.be (industrie pharmaceutique) et Essenscia (chimie et sciences de la vie). Le SPF a également noué de très bonnes relations avec les partenaires du secteur portuaire et ceux du secteur de l’énergie .

2. Introduire

Le SPF Affaires étrangères introduit également les entreprises belges auprès des entreprises étrangères. Il le fait notamment en subventionnant le fonctionnement (personnel, administration) des Chambres de commerce belges à l’étranger. Ces Chambres sont des
initiatives privées qui servent de premier point de contact pour les entreprises belges à l’étranger. Souvent, l’ambassadeur belge est membre du conseil d’administration. Il met aussi régulièrement sa résidence à disposition pour un dîner d’affaires ou une conférence.

Par ailleurs, en temps normal, deux visites d’État comprenant un important volet économique et deux missions économiques princières sont organisées chaque année. Ces visites sont extrêmement importantes pour la promotion de l’économie belge. En effet, elles sont l’occasion idéale pour les entreprises belges de conclure des contrats et de nouer des contacts à l’étranger.

3. Intervenir

Le SPF Affaires étrangères représente la Belgique au sein du Comité consultatif sur l’accès au marché (MAAC) de la Commission européenne. Ce Conseil discute des barrières commerciales (droits de douane, etc.) auxquelles les entreprises doivent faire face dans les pays tiers.

Notre SPF a par exemple beaucoup travaillé dans le cadre de la crise de la peste porcine africaine. En septembre 2018, plusieurs cas de peste porcine africaine avaient été détectés chez des sangliers dans la province de Luxembourg. Résultat : aucun producteur belge ne pouvait encore exporter de la viande de porc. Ce n’est que fin 2020 que la Belgique a été déclarée exempte de peste porcine. Grâce à une étroite collaboration entre notre SPF et l’Agence fédérale pour la sécurité alimentaire (AFSCA), plusieurs pays ont depuis rouvert leurs frontières à la viande de porc belge.

4. Image

Avoir une image positive de notre pays à l’étranger est extrêmement important pour l’économie belge. Dans ce contexte, les postes diplomatiques organisent chaque année quelque 200 événements de promotion de l’image de la Belgique à l’étranger. Il peut par exemple s’agir d’une exposition, d’un concert, d’un dîner d’affaires ou d’une conférence dans la résidence officielle de l’ambassadeur.