Déchiffrer l’actualité avec le Perspectives Magazine : L’avenir du secteur minier en République Démocratique du Congo

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Félix Tshisekedi, Président de la République démocratique du Congo, a été accueilli à Pékin en mai 2023. Signe de l’importance économique de son pays, ce voyage avait pour but de renégocier des contrats miniers qui dataient déjà de quelques années.

 

Les accords résultants de la visite sont les suivants :

  • Mémorandum d’entente sur l’investissement et l’exploitation écologique des ressources naturelles.
  • Protocole d’accord sur l’échange d’informations et la coopération
  • Protocole d’accord sur la coopération en matière de développement de l’économie numérique
  • Les deux autres accords concernent « la promotion du développement de la croissance verte et la coopération entre les deux chaînes de télévision nationales CGTN et RTNC », selon le chef de la diplomatie congolaise.

Retour sur l‘historique entourant les relations économiques entre la RDC et la Chine

Pendant plus de 10 mois, la Gécamines, la société minière publique de la République démocratique du Congo (RDC), a été à couteaux tirés avec la société minière chinoise CMOC ’阳钼业 – un géant de l‘exploitation du cobalt qui possède 80 % de l‘une des plus grandes mines de cobalt de la RDC.

La Gécamines a déclaré que CMOC avait « menti sur ses réserves minérales » et lui devait 7,6 milliards de dollars d‘intérêts et de redevances pour l‘exploitation de ce métal gris-bleu, indispensable à la production de batteries pour véhicules électriques (VE). Mais rien n‘y fait. La DRC a donc interdit l‘exportation d‘environ 16 karats (kt) de cobalt (d‘une valeur d‘environ 4,7 milliards de dollars) – un retard stupéfiant qu‘il faudra au moins un an pour rattraper.

La RDC fournit 73 % du cobalt mondial. Mais ce cobalt est presque exclusivement destiné à la Chine, qui a verrouillé l‘exploitation minière et le raffinage du métal dans le pays. La Chine est aujourd‘hui le principal partenaire commercial de la RDC : l’année dernière, le volume total des échanges a été dix fois supérieur à celui du deuxième partenaire (la Zambie voisine). Tout cela à un moment où les États-Unis poussent la RDC à renégocier les accords miniers chinois, dont le président actuel de la RDC, Félix Tshisekedi, a déclaré qu‘ils avaient été « très mal arrangés ».

 

« La RDC fournit 73 % du cobalt mondial »

Banque Mondiale

 

Fin mai, M. Tshisekedi a effectué une visite d‘État dans les plus grandes villes chinoises afin de renégocier et de renforcer les liens. Les deux pays ont d’ailleurs publié une déclaration valorisant leur partenariat. Pour Christian-Géraud Neema, rédacteur francophone du China Global South Project, il s‘agit d‘un geste symbolique, montrant que « la Chine considère la R.D.C. comme un partenaire important et stratégique en Afrique ». En R.D.C., la Chine affiche sa volonté de « résoudre les problèmes » et de pousser les entreprises chinoises à construire les infrastructures qu‘elles ont promises.

Pour la RDC, il s‘agit avant tout de garder la Chine à ses côtés : Comme l‘a souligné le ministre des finances de la RDC, Nicolas Kazadi, la renégociation « ne vise pas à remettre en cause les investissements chinois, mais à remettre en cause les investissements qui ne sont pas équitables ». La République démocratique du Congo souhaite, in fine, augmenter sa participation dans une coentreprise de cobalt et de cuivre avec des entreprises chinoises, en la faisant passer de 32 % à 70 %, car elle craint que l‘accord ne lui cède une trop grande partie des ressources du Congo sans que le pays n‘en tire grand profit.