Coup d’oeil sur le Cameroun

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Perspectives économiques

Premier pays de la CEMAC en termes de PIB (€ 35.3 milliards en 2020) et de population (26.5 millions en 2020), la République du Cameroun a connu en 2020 une croissance négative (-2.4 %) pour la première fois depuis 30 ans en dépit d’une croissance de 3.7 % en 2019. Malgré son économie la plus diversifiée d’Afrique centrale, la chute des prix mondiaux du pétrole a très fortement impactée le Cameroun. L’année 2021 semble cependant plus positive, avec deux premiers bon trimestres et une reprise économique particulièrement forte
dans la production industrielle et les industries extractives. Des tensions dues à l’aggravation de l’insurrection islamiste au Nord et aux manifestations et violences dans les régions anglophones du pays risquent d’avoir négativement impacté l’activité économique du pays pour le deuxième semestre. Malgré tout, la croissance devrait se rapprocher de valeurs prépandémie et atteindre 3.5 % en 2021 et 4 % en 2022. L’inflation, à 2.9 % en 2020, a été maintenue sous le seuil de convergence de 3 % de la CEMAC et devrait descendre à 2.3 % en 2021 et 2022. Grâce à une nouvelle réglementation en matière de devises instaurée en 2019, le pays a pu augmenter ses réserves de change qui couvraient 7.5 mois fin 2020, contre 6.3 mois fin 2019.

Le secteur primaire contribue à 14.5 % du PIB et emploie 43 % de la population active. L’industrie pétrolière est le principal moteur économique du pays, représentant plus de % du PIB à elle seule. Particulièrement riche en ressources naturelles, le Cameroun est l’un des leaders mondiaux dans la production de denrées telles que le cacao, le café, les produits du palmier, les bananes, le coton, le maïs, le manioc, le tabac et le caoutchouc. Cependant la production de caco et de café, concentrée dans les régions anglophones, souffre de l’instabilité politique. Le pays a aussi des réserves de minerai de bauxite et de fer et possède des variétés de bois de grande valeur. Depuis 2018 le Cameroun exporte aussi du gaz naturel liquéfié (GNL) et prévoit d’accroître sa production annuelle en 2022 et en 2023. Le secteur secondaire contribue à 26 % du PIB et emploie 14 % de la population active, principalement dans les scieries, les textiles, la transformation d’aliments et la fabrication de biens de consommation légers. Le secteur des services représente 51.5 % du PIB et emploie 42 % de la population active. En plein essor, il se développe fortement dans les secteurs des télécommunications, des transports et du trafic aérien. Le secteur bénéficie aussi de de grands projets énergétiques tel que le barrage de Lom Pangar.

Malgré une très forte réduction de sa dette publique en 2006 grâce à l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés, cette dernière a atteint un niveau préoccupant depuis lors.
Le stock de la dette publique grimpé de 12 % du PIB en 2007 à près de 45 % en 2021. Le Cameroun présente les caractéristiques d’un pays a haut risque de surendettement et plus de 60 % de sa dette bilatérale (soit 27 % de la dette totale) est détenue par la Chine. Ce surendettement pourrait être défavorable à la relance économique attendue et pourrait porter préjudice à la restructuration envisagée dans la stratégie nationale de développement pour 2020 à 2030. Le pays a bénéficié entre mai 2020 et décembre 2021 de l’initiative de suspension du service de la dette (Issd) du G20 pour faire face é la crise engendrée par la pandémie. Malgré cette aide, il est estimé que le Cameroun devra rembourser 257 milliards de FCFA (365 millions d’Euros) d’intérêts sur la dette en 2022. Le pays a aussi annoncé se retirer de l’initiative et de ne plus en bénéficier en 2022. Cela permettra au Cameroun de faire à nouveau appel à des dons-programmes, dont il était de facto privé en profitant de l’Issd.

Situation politique

Le parti du Président Paul Biya, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), est au pouvoir depuis 1982 et a largement remporté les dernières élections législatives et municipales de février 2020 et les premières élections régionales de l’histoire du pays en décembre de la même année. Depuis 2019, de nombreux militants du principal parti d’opposition ont été arrêtés et le principal opposant du RDPC s’est vu assigner à résidence jusqu’au lendemain des élections pour appel à « la manifestation et à la rébellion ».

Malgré une relative stabilité politique depuis plusieurs décennies, le Cameroun se trouve aujourd’hui dans une situation plus tumultueuse. L’extrême nord du pays fait face depuis quelques années à des attaques du groupe terroriste Boko Haram et les régions anglophones du Sud-Ouest et du Nord-Ouest sont secouées par un mouvement séparatiste. En plus des 500 000 déplacés internes et de nombreuses victimes civiles et militaires provoquées par cette situation, le pays doit faire face à de nombreux réfugiés Centrafricains fuyant la crise sécuritaire dans leur propre pays. Un projet de loi prévoyant la mise en place d’un statut spécial des régions anglophones a été adopté en 2019 mais n’est toujours pas appliqué.

Climat des affaires

Selon le rapport 2021 de la Conférence des NationsUnies sur le commerce et le développement (CNUCED), les entrées d’Investissements Directs Etrangers (IDE) on atteint en 2020 USD 488 millions (€ 432.5 millions), soit une forte baisse comparée aux USD 1027 millions de 2019 (€ 910 millions). Cette chute s’explique bien entendu par la crise économique provoquée par la pandémie, amenant à une baisse significative de 16 % des IDE vers l’Afrique en 2020 et impactant principalement les économies africaines dépendantes de produits de base. Cependant, le Cameroun va à l’inverse de la tendance en Afrique Centrale, qui est la seule région d’Afrique ayant enregistré une (légère) augmentation des IDE en 2020. A noter aussi que le Cameroun a traditionnellement de faibles entrées d’IDE par rapport au potentiel de son économie.

Selon le classement « Doing Business » de la Banque Mondiale, le Cameroun serait descendu de la 166e place en 2019 à la 167e en 2020 (sur 190), avec un score de 46.1.
Ce classement évalue chaque année la facilité à faire des affaires dans 190 pays à travers le monde grâce à 10 critères comprenant la création d’entreprise (104e), l’obtention d’un permis de construire (154e), le raccordement à l’électricité (133e), le transfert de propriété (175e), l’obtention de prêts (80e), la protection des investisseurs minoritaires (157e), le paiement des taxes et impôts (181e), le commerce transfrontalier (186e), l’exécution des contrats (167e) et le règlement de l’insolvabilité (129e). Le score accordé par la Banque Mondiale pour chacun de ces critères n’a que très faiblement augmenté pour l’obtention d’un permis de construire (+0.7) et le raccordement à l’électricité (+0.3) pour un gain global de 0.1 point (sur 100) par rapport à 2019. Au niveau du classement de transparence et corruption (selon l’ONG anticorruption Transparency), le Cameroun a gagné 4 places en se positionnant 149e (sur 180) en 2020. Investir au Cameroun requiert donc des connaissances locales, une équipe expérimentée et une vision à long terme.

Entreprises Belges au Cameroun

La Belgique est le 4e fournisseur du Cameroun avec 5 % des importations, derrière la France, le Nigéria et la Chine. Les produits belges importés au Cameroun sont principalement du matériel de transport (32.7 %), des machines et appareils pour travaux publics, le bâtiment ou les travaux analogues (17 %) et des textiles (9 %).

Certaines des plus grandes entreprises belges sont présentes au Cameroun, comme Socfin active dans le pays depuis plus de 20 ans dans le secteur du caoutchouc et de l’huile de palme et employant près de 10.000 personnes. Leader dans le dragage, Jan De Nul a réalisé des travaux de dragage pour l’accès au port de Douala, véritable poumon économique du pays. De nombreux projets de construction et d’infrastructures ont aussi été réalisés par John Cockerill et Denys depuis des années. Besix est aussi présent au Cameroun et participe, entre autres, à la construction du projet d’infrastructure hydroélectrique de Nachtigal qui couvrira 30 % des besoins énergétiques du pays. Prévu pour 2023, il s’agit du plus grand partenariat public-privé en cours en Afrique dans le domaine de l’énergie.

Secteurs porteurs

  • Aménagement urbain
  • Construction
  • Distribution
  • E-commerce
  • Electricité et énergies renouvelables
  • Elevage
  • Equipement agricole
  • Transport
  • Hydrocarbures
  • Industrie agroalimentaire
  • Industrie minière
  • Infrastructures et services de santé
  • Infrastructures et services portuaires
  • Infrastructures industrielles
  • Télécommunications et numérique
  • Travaux publics

Secteurs d’intérêts

électricité

Malgré ces ressources naturelles abondantes et un potentiel énergétique estimé à 23.000 MW, le Cameroun ne produit que 1400 MW d’électricité et fait régulièrement face à des coupures de courant en raison d’une infrastructure vieillissante. Il existe des opportunités importantes pour les entreprises belges dans les solutions d’énergie rapide, l’augmentation du taux d’électrification rurale et dans la transformation du gaz naturel en électricité.

Le gouvernement du Cameroun a convenu d’une prolongation de la concession de distribution d’électricité du distributeur camerounais Eneo pour la période de 2021 à 2031. Cela a permis de débloquer environ € 177 millions d’investissements privés dans le secteur de la distribution. Le gouvernement a aussi annoncé fin 2021 un partenariat avec la Banque Mondiale pour le raccordement de plus de 160 000 ménages au réseau électrique dès 2022.

Le pays possède un potentiel énergétique renouvelable largement sous-exploité, principalement dans le solaire, la biomasse et l’hydraulique. Le pays possède le plus grand potentiel hydroélectrique de l’Afrique subsaharienne et le troisième potentiel de biomasse. En partenariat avec l’Agence Internationale pour les énergies Renouvelables (IRENA), le ministère de l’Eau et de l’Energie (Minee) élabore un plan pour augmenter la part des énergies renouvelables à 25 % dans le mix électrique d’ici 2035.

Machines et équipement

Dans le cadre de sa stratégie de développement national 2020-2030, le Cameroun planifie de construire de nouvelles infrastructures et d’entretenir les infrastructures vieillissantes. En plus du développement de nouvelles infrastructures, les grandes villes du pays font face à une pénurie de logements et d’espaces de bureaux. Tous ces projets amènent à une demande soutenue de matériel et de machines de construction.

Le Cameroun jouit d’énormes ressources minérales encore inexploités. Le secteur minier, bien qu’encore en phase de développement, va requérir de plus en plus d’engins et équipements miniers spécialisés nécessaires pour l’exploitation de gisements.
La plupart des matériaux rares se trouvant dans l’Est du pays, leur exploitation va aussi nécessiter la construction de nouvelles routes pour rejoindre les ports du littoral et du Sud.

L’exportation de machines, appareils et engins mécaniques pour les travaux publics, le bâtiment ou les travaux analogues de la Belgique vers le Cameroun représente déjà une importante part des échanges commerciaux et les entreprises belges, fortes de leur expérience, devraient pouvoir encore accroître ces exportations grâce au développement futurs du pays.

Hydrocarbures

Principal moteur économique, l’industrie pétrolière peut encore fortement se développer au Cameroun grâce à ses nombreuses réserves de pétrole.
Les réserves de pétrole, dans le bassin du Tchad et la péninsule de Bakassi, restent inexploitées. Estimées à plus de 135 milliards de m3, les réserves de gaz naturel sont, elles aussi, encore largement inexploitées, notamment le champ Yoyo-Yolanda, et de nombreuses infrastructures seront nécessaires pour leur pleine exploitation. Le Cameroun continue en attendant de développer ses activités en amont et en aval. Encore très dépendant à l’importation de pétrole, le pays souhaite construire une deuxième raffinerie et rénover la raffinerie nationale SONARA.
Il existe aussi des opportunités dans toute l’infrastructure autour des raffineries, notamment dans le domaine du stockage, les pipelines et les centrales de transformation en électricité.

Sources

ABH-ACE
API Cameroun
Banque Africaine de Développement
Banque Mondiale
BNP Paribas
Business France
CNUCED
United States International Trade Administration